Présentée par la Chaire de journalisme scientifique Bell Globemedia, la table ronde a fait salle comble.
La qualité de l’information est la raison d’être des journalistes scientifiques en cette ère de surabondance de données
Toujours branchés, aux aguets du moindre fil tweeter, les journalistes scientifiques d’aujourd’hui naviguent, comme tout internaute, dans une mer d’informations. Toutefois, mieux armés pour dénicher les sources crédibles d’information, départager les faits des opinions ou encore mener des enquêtes que le premier quidam venu, leur rôle est souvent d’aider ce dernier à s’y retrouver. Ou encore à rétablir des faits que l’immense machine à rumeurs d’Internet a vite fait d’oblitérer. Voilà, en substance, ce qui est ressorti d’une table ronde sur le journalisme scientifique en 2012 qui a réuni, le lundi 6 février au pavillon Louis-Jacques-Casault, les journalistes Amélie Daoust-Boivert du Devoir, Jean-François Cliche du Soleil et André Picard du Globe and Mail, ainsi qu’Hélène Leroux, rédactrice en chef à Radio-Canada (Découverte et La semaine verte), et Pierre Sormany, éditeur et directeur général de Québec Science.
Évidemment, les pratiques changent et, désormais, les médias traditionnels doivent «mettre beaucoup d’énergie sur le Web et faire un virage obligé vers la tablette», constate Amélie Daoust-Boivert, ce qui contraint souvent les journalistes de la presse écrite à produire trois versions d’un même article. Et même si, selon Jean-François Cliche, le métier reste le même, celui d’écrire de bonnes histoires, «ce qui change, au dire de Pierre Sormany, c’est le modèle traditionnel des mass media. Le Web amène un public plus varié, qui désormais réagit, relance le débat, le nourrit.»
En télévision, c’est le manque de moyens qui change peu à peu les pratiques: «il faudra de plus en plus que les journalistes soient polyvalents», annonce Hélène Leroux qui appréhende les effets de coupes majeures à venir à Radio-Canada. Et bientôt, prédit-elle, l’on demandera aux journalistes d’être aussi bien producteur de nouvelles que réalisateur d’émission.
Toutefois, être polyvalent n’équivaut pas à embrasser tous les champs des sciences, puisque le paradoxe est que «tous parlent de polyvalence, mais veulent des spécialistes», affirme André Picard. Le Globe and Mail, par exemple, possède une journaliste qui traite uniquement du cerveau. Même chose à Découverte où chaque journaliste possède ses domaines de prédilection dans lesquels il est particulièrement à l’aise et compétent.
Reste-t-il un public intéressé par des questions de science complexes et pointues? Il semble que oui. «L’intérêt pour la science a été sous-estimée au Soleil qui ne possède aucun journaliste scientifique, considère Jean-François Cliche qui, à sa demande, tient un blogue sur la science qui est entre autres alimenté par les questions des internautes. «Il ne faut pas “sursimplifier”, prévient-il; le plaisir de la science, c’est le plaisir de comprendre.» Pour Pierre Sormany, le but du métier consiste à «réussir à partager le doute, à amener les démagogues de ce monde à remettre en question leurs préjugés».