L’industrie a compris l’immense potentiel des blogues et des communautés en ligne créés par les mères pour la vente de produits associés à la maternité
Par Renée Larochelle
Il fut une époque où les femmes qui voulaient parler de leur expérience de mère avec d’autres mamans le faisaient par téléphone ou encore s’invitaient entre elles pour jaser autour d’un bon café. L’explosion des blogues et des communautés en ligne créés par des mères partout dans le monde a changé la donne. Selon l’agence de marketing interactif eMarketer, près de 4 millions d’Américaines ayant des enfants tiennent ainsi un blogue. On prévoit également que 63 % des femmes ayant un enfant liront des blogues en 2014, alors que ce taux était de 54 % en 2010.
Lors d’un exposé portant sur ce phénomène de la «mamansphère», Manon Niquette, professeure au Département d’information et de communication de l'Université Laval, a souligné à quel point l’industrie avait compris l’immense potentiel que recèlent ces sites pour la vente de produits associés à la maternité. «Plusieurs compagnies ont créé des sites adaptés au profil socioéconomique des femmes ciblées, ainsi qu’aux informations qu’elles cherchent et aux problèmes qu’elles rencontrent», a souligné la professeure, lors de cette conférence organisée par la Chaire Claire-Bonenfant - Femmes, Savoirs et Sociétés.
Contraignant et libérateur
En effet, les exemples de l’exploitation commerciale de la solidarité des femmes abondent sur la toile, de révéler Manon Niquette. Les sites prodiguent des conseils et peuvent permettre aux femmes qui vivent de l’isolement de se sentir moins seules, mais il suffit d’un clic de souris pour qu’elles se voient offrir toutes sortes de produits, de la marque de shampoing pour bébé aux aliments en conserve, en passant par la crème de soins pour les nouvelles accouchées.
Selon la chercheuse, le langage et la structure de certains sites créent un climat qui reproduit la division des rôles parfois dénoncée dans les échanges par les mamans. Car sur Internet, c’est encore la femme qui décide implicitement des produits à acheter, des soins à prévoir, etc. En d’autres termes, Internet est à la fois libérateur et contraignant pour les femmes: elles y trouvent une tribune pour s’exprimer en même temps qu’elles font face aux stéréotypes de sexe et aux conceptions traditionnelles de la maternité. Cela dit, des chercheurs estiment que les blogues de mamans ont le grand mérite de mettre la maternité sur la carte, ce qui n’est pas rien dans une blogosphère dominée par les hommes.
Les blogues permettent aussi à certaines femmes de s’enrichir financièrement. Le plus connu de ces sites (http://dooce.com) est celui de l’Américaine Heather B. Armstrong, qui arrive au 26e rang dans la liste Forbes des femmes les plus influentes dans les médias. Avec plus de 100 000 clics par jour et des centaines de commentaires par article, le site rapporterait à sa propriétaire entre 30 000 $ et 50 000 $ par mois. Plus près de nous, au Québec, les Chroniques d’une mère indigne de Caroline Allard ont été la première série Web télé à succès de Radio-Canada.